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La cour
administrative d'appel de Toulouse vient de
confirmer l’imputabilité au service du suicide,
survenu en 2017, d'une agente comptable qui évoluait
à la Direction Départementale des Finances Publiques
des Pyrénées-Orientales.
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Un jugement symbolique alors que la Direction Générale
des Finances Publiques est touchée par une
vague de suicides qu’elle tente, tant bien
que mal, d’endiguer. |
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C’est un jugement dont la direction générale des
finances publiques (DGFiP) aurait sans nul
doute préféré se passer. Dans une décision
rendue le 10 mars dernier, la cour
administrative d’appel de Toulouse a confirmé
que le suicide d’une agente de la direction
départementale des finances publiques des Pyrénées-Orientales,
survenu fin 2017 à son domicile alors
qu’elle était en congé de maladie, était
bel et bien imputable au service. Les juges
ont ainsi confirmé le précédent jugement du
tribunal administratif de Montpellier, qui
avait statué dans le même sens en 2024,
avant que la DGFiP ne fasse appel.
Dans cette affaire, l’agente concernée, une contrôleuse
principale des finances publiques qui
souffrait de troubles anxiodépressifs
chroniques depuis 2003, s’était vue, plus
de trois ans avant son suicide, reconnaître
la qualité de travailleuse handicapée. Face
à la situation, le médecin de prévention
avait préconisé d’adapter le poste de
travail de l’intéressée, pour lui éviter
un stress de nature à aggraver son état
de santé. Il recommandait notamment un
changement de trésorerie et un temps de
travail quotidien ne dépassant pas les sept
heures.
Si
la mutation dans un autre service a été
refusée à l’agente, car il impliquait une
charge de travail trop importante, selon les
dires de Bercy, cités dans le jugement, sa hiérarchie
soutenait qu’elle avait bien mis en œuvre
des adaptations, en attribuant à l’intéressée
un bureau au premier étage de son bâtiment, où
l’aspect relationnel était meilleur, et
en lui confiant des tâches sans
pression, couplées à des temps de pause.
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Des écarts
à la fiche de poste face à un manque
de personnel
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Problème : en dépit de ces changements avancés
par Bercy, parmi lesquels seul le changement
d’étage est établi par les pièces du
dossier, les juges notent que
l’agente s’est parfois retrouvée seule dans
son secteur et a dû
effectuer des tâches urgentes. En outre, son
chef de service avait indiqué à la médecine
de prévention, en mai 2016, que la
notion de fiche de poste n’était plus
d’actualité en ces temps de disette en
personnel. Et de poursuivre : La
responsabilité du comptable impose une
gestion des plus pragmatiques : payer,
encaisser et comptabiliser dans les meilleurs
délais. Je précise que si l’agente est en
charge des dépenses des collectivités
locales, son poste de travail est par définition
polyvalent .
Il arrive aussi que le manque de
personnel m’oblige à lui demander de gérer
les recettes des collectivités.
L’administration n’a par ailleurs pas non plus
transmis un état détaillé des heures de
travail effectives réalisées par l’agente.
Autant d’éléments qui ont poussé les
juges à considérer que les préconisations
émises pour éviter une surcharge de travail
et des situations de stress n’ont pas
été respectées par la hiérarchie.
Bien que la commission de réforme (une instance
consultative comprenant deux médecins, deux
représentants de l’administration et deux
représentants du personnel ) a émis un
avis défavorable à la reconnaissance de
l’imputabilité au service du suicide de Mme
C…, en se basant au demeurant sur un rapport
d’expertise médicale établi post
mortem par un médecin légiste, ce
suicide, résultant d’une dégradation de
son état de santé, doit en l’espèce être
considéré comme présentant un lien direct
avec le service, écrivent dans leur
jugement les magistrats de la Cour
administrative d’appel.
la
DGFiP indique avoir bien pris note du
jugement de la CAA, et ne pas faire de pourvoi
devant le Conseil d’État. Nous allons
tirer toutes les conséquences de la décision
de justice afin de permettre la reconnaissance
de l’imputabilité et des droits afférents,
précise-t-elle.
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Un plan de
prévention rejeté par nos syndicats
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Ce jugement intervient alors que la DGFiP a enregistré
au moins 36 événements graves, dont 18
suicides depuis janvier 2025. En août
dernier, cette vague de suicides touchant les
personnels de notre administration très étendue
de Bercy avait été révélée par des
journalistes du Monde, engendrant
notamment plusieurs questions écrites de
parlementaires sur les conditions de travail
dans les services des finances publiques.
En réaction, la DGFiP a mis sur pied, au cours de
l’automne dernier, un projet de plan de prévention,
et systématisé le déclenchement d’une
enquête à la suite de chaque suicide au sein
de ses services, afin de déterminer la présence
ou non d’indications particulières qui
auraient pu expliquer le passage à l’acte
et prendre les dispositions nécessaires. Sans
pour autant convaincre nos organisations
syndicales , qui ont rejeté unanimement le
plan proposé par la directrice générale, Amélie
Verdier.
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