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Épuisement
professionnel, conflits de valeurs, perte de sens :
la souffrance au travail est un phénomène profond
et documenté, mais encore largement sous-estimé
dans les entreprises, mais aussi dans la fonction
publique. C'est le constat que dresse la mission
d'information sénatoriale sur la souffrance au
travail.
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Le rapport de la
mission d’information sénatoriale sur la
souffrance au travail s’est aussi longuement
penché, au-delà des entreprises, sur
l’analyse de la situation au sein du secteur
public, appelant à ne pas faire
l’impasse sur l’épuisement professionnel
dans la fonction publique.
Longtemps demeurée
relativement invisible dans le débat public,
la question des souffrances psychiques au
travail dans la fonction publique apparaît
aujourd’hui comme un enjeu majeur, peut-on
lire dans le rapport sénatorial. Les
auditions conduites par la mission
d’information semblent converger vers un même
constat : les administrations et les
structures publiques sont confrontées à une
dégradation profonde et durable des
conditions d’exercice du travail des agents
publics, qui favorise l’émergence de
situations d’épuisement professionnel, parfois
sévères.
Les
travaux de la mission mettent notamment en
lumière que les agents publics sont confrontés
à une intensification continue des
contraintes organisationnelles qui pèsent
sur eux. En jeu également, une
transformation profonde des modes de
management et une fragilisation croissante du
sens au travail. |
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Une grande prévalence des conflits de valeurs
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Pourtant, les chiffres et données, qui permettraient d’objectiver le
phénomène et d’y remédier, manquent
encore et toujours cruellement. C’est
d’ailleurs ce qu’a confirmé la direction
générale de l’administration et de la
fonction publique (DGAFP), interrogée par les
sénateurs. Sans disposer de données chiffrées
précises sur ce point, elle note une
hausse du nombre de demandes de reconnaissance
d’accidents du travail ou de maladies
professionnelles ayant des conséquences ou
des symptômes sur l’état de santé
psychique des agents concernés.
Les sénateurs soulignent dans leur rapport que cette vulnérabilité
s’expliquerait à la fois par une
exposition plus intense à certains facteurs
de risques relevant de l’exigence émotionnelle
ou de la contrainte physique, avec une plus
grande prévalence de la notion de conflit de
valeurs pouvant être liée à des alternances
ou à des incertitudes dans la conduite des
politiques publiques mises en œuvre par les
agents, ainsi qu’un degré d’autonomie
moins élevé que dans le secteur privé.
Sans contester le principe d’une modernisation de l’action publique,
les travaux de la mission d’information
montrent en revanche que certaines modalités
de transformation des administrations peuvent
devenir pathogènes pour les agents. C’est
le cas, notamment, lorsque ces changements
provoquent une réduction excessive de leurs
marges d’autonomie, une dégradation des
collectifs professionnels, une multiplication
des injonctions contradictoires ou une réduction
des espaces de discussion sur le travail réel,
pointe le rapport. Un mouvement largement
documenté dans le cadre des auditions par nos
organisations syndicales.
Les causes de situations d’épuisement professionnel observées dans
la fonction publique ne sauraient être réduites
à une simple augmentation quantitative de la
charge de travail ou à la seule dégradation
des conditions d’emploi, interpellent
les sénateurs. Les conflits de valeurs et la
souffrance éthique paraissent aussi jouer un
rôle fondamental, dans la mesure où les
agents publics entretiennent fréquemment un
rapport fortement vocationnel à leur activité
professionnelle.
Dans
le même temps, selon les conclusions de la
mission d’information, les agents publics éprouvent
de plus en plus fréquemment le sentiment de
ne plus pouvoir exercer correctement leur métier.
La crise de sens vécue par les agents publics
donne lieu à des phénomènes de décompensation
observés dans l’administration. En cause, le
sentiment de s’éreinter inutilement à la tâche
pour des services qui dévoient l’intérêt
général.
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Une culture de la
prévention encore faible
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Cette situation
serait également alimentée par une culture
de la prévention encore insuffisamment
structurée et déployée dans les
administrations, même si de nombreuses
initiatives ont été mises en place ces dernières
années, notamment en matière de santé
mentale. À ce stade, nous pouvons dire
que la mobilisation est réelle, mais
qu’elle est essentiellement centrée sur
l’aval, a déclaré Philippe
Charpentier, chef du service des politiques
sociales, salariales et des carrières à la
DGAFP. Nous ne sommes donc pas réellement
sur une prévention primaire, qui consisterait
à faire disparaître les causes des risques
psychosociaux, mais plutôt sur leur
traitement, une fois survenus. La DGAFP
estime que seulement 50 % des
administrations disposent d’un document
unique d’évaluation des risques
professionnels (DUERP) ou d’un programme
annuel de prévention des risques
professionnels et d’amélioration des
conditions de travail, sans pouvoir déterminer
le degré d’actualisation de ces documents,
et reconnaît également que l’intégration
des RPS dans ces documents reste marginale.
Les travaux de la
mission d’information ont également mis en
évidence les difficultés persistantes en
matière d’accès à la médecine de prévention
dans la fonction publique.
Les
sénateurs formulent au final trois
recommandations spécifiques pour la fonction
publique : lancer une mission
d’inspection interministérielle sur les
souffrances psychiques en lien avec le travail
des agents publics ; garantir dans la
fonction publique l’accès à une cellule
d’écoute indépendante pour recueillir les
alertes sur les situations de souffrance
psychique au travail ; ou encore
faciliter les reclassements des fonctionnaires
à l’issue d’un épuisement professionnel
dans un autre service que leur service
d’origine, notamment par la création d’un
dispositif mutualisé de transition
professionnelle permettant un retour
progressif à l’emploi. |
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